La situation exécrable d’Haïti expliquée en un seul mot : IMPUNITÉ

situation d'haitiJ’ai le cœur serré à chaque fois que je pense à Haïti, nom qui signifie terre haute, terre montagneuse. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, nous Haïtiens pourrions être parmi les peuples les plus heureux et les plus fiers du monde si et seulement si il y avait eu de la continuité et du progrès dans ce qui nous a été légué comme héritage et comme pays. Les Espagnols et les Français avaient certes pillé les richesses minières et agricoles du pays, mais ils n’étaient pas partis avec nos terres, nos mornes et nos vallées. Si les Espagnols se servaient des indiens qui mouraient en quantité innombrable pour fouiller notre sol afin d’exploiter nos mines d’or, les Français utilisaient les bras des noirs qu’ils faisaient venir des côtes d’Afrique sur des bateaux, entassés comme des harengs en caque pour puiser la richesse des terres de Saint Domingue. Ces pauvres noirs, allaient être induits en esclavage pour cultiver la canne à sucre, le coton, le café, les pites, la banane etc… que les blancs devaient transporter en France et vendre à d’autres pays du monde. Ce n’est pas sans raison, amis du savoir et des connaissances que les historiens sont unanimes à reconnaitre que la rentabilité de Saint Domingue était nettement supérieure à celle de toutes les autres colonies françaises combinées à l’époque. Ce n’est pas sans raison que je le dis assez souvent et ceci haut et fort, si la France est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes puissances économiques du monde, Haïti y a en quelque sorte contribué.
Le sol haïtien, aurait-il une préférence pour les colonisateurs ?
Mesdames, messieurs, chers compatriotes, si la différence dans nos paysages aujourd’hui comparés à vingt ans de cela est notoire, que pourrions-nous dire s’il fallait remonter à la deuxième moitié des années 1700 ? Aujourd’hui faute de moyens et d’encadrement pour cultiver la terre, nos paysans sont obligés de quitter la campagne pour aller s’établir en ville en vue de vendre au bord de la route de la canne à sucre, des pâtés, des bouteilles de jus ou d’eau etc… Ils sont si nombreux à se débrouiller afin de pourvoir aux différents besoins de leur famille qu’ils laissent derrière et qu’ils finiront tôt ou tard par déménager. D’où la création des bidonvilles. Malheureusement, cela ne finit pas là. Les gens de la classe moyenne, fuyant la surpopulation, sont allés acheter les terres de ces paysans pour construire de grandes maisons. D’un côté il y a la déforestation et le déboisement qui font que nos bonnes terres aillent se jeter dans la mer quand il pleut, d’un autre côté, de grandes maisons, des stations à essence, des usines de glace ou de toute sorte remplacent les champs de canne, de maïs, de bananes et des produits vivriers. A la lumière de tout ce que nous venons de dire, répondons que le sol haïtien n’a aucune préférence pour les colonisateurs. Le problème c’est que les paysans sont démotivés, il n’y a presque plus de terres à cultiver et celles qui restent sont lavées et deviennent arides.
Pourrait-on renverser la vapeur malgré tout ?
Bien sûr que oui ! La circulation d’argent est d’une importance particulière dans un pays. Vous êtes- vous jamais posé la question à savoir pourquoi des pays luttent du bec et des ongles pour organiser la coupe du monde de football ou les Jeux Olympiques ? Si vous avez bonne mémoire, les derniers Jeux Olympiques et Coupe du monde respectivement en Russie et au Brésil en sont l’exemple. Vous souvenez-vous la quantité d’argent que les pays organisateurs ont dépensé dans l’infrastructure ? Ils ont investi dans l’infrastructure et la modernisation parce que l’argent allait circuler dans leur pays. Savez-vous que la Diaspora haïtienne envoie en moyenne deux milliards de dollars en Haïti. Les Haïtiens vivant aux Etats Unis eux seuls envoient au moins 1.5 milliard de dollars par année. Rien n’est gratuit en Haïti : les visas et passeports haïtiens, les cartes d’identification, les permis de conduire, les impôts, les taxes sur les appels venant de l’étranger pour ne citer que ceux-là, sont des sources de revenues à l’état haïtien. Pas trop longtemps de cela j’étais en Haïti. A l’aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince, il y avait deux lignes : une pour les Haïtiens et une autre pour les étrangers. Chaque étranger doit payer $10 US avant de passer à l’immigration. Il est un fait certain qu’Haïti ne produit pas assez et que 90% de sa consommation viennent de l’extérieur. Cependant, il convient de signaler que l’argent rentré dans le trésor public n’est pas proportionnel au service donné à la population.
Que fait-on avec l’argent rentré ?
Haïti, chers amis du savoir, est une vache à lait. Cette vache a assez de lait pour que chacune et chacun du sien ait au moins un petit verre. Cependant, il y a un groupe, un clan, celui au pouvoir qui est trop avare et qu’un petit verre ne contenterait nullement. Puisqu’ils ont la clé de la prairie où est gardée la vache, ils la trait quand ils veulent, s’enivrent eux, leurs amis et leurs familles sans se soucier du peuple qui croupit dans la misère la plus noire et la plus terrible.
Pourquoi ils le font ?
La réponse, chers compatriotes, est simple : l’IMPUNITÉ. Dans des pays sérieux comme le Canada, la France, les Etats Unis, l’Angleterre, l’Allemagne pour ne citer que ceux-là, les présidents, les vice-présidents, les premiers ministres, les gouverneurs, les ministres… ne font pas ce qu’ils veulent quand ils sont au pouvoir. Ils ne le font pas non parce qu’ils sont justes ou parce qu’ils sont des saints. Ils ne le font pas parce qu’ils savent qu’ils seront poursuivis en justice. En Haïti, c’est le monde à l’envers ; les choses sont différentes. Les hommes au pouvoir volent, pillent et tuent en toute quiétuded’esprit parce qu’ils savent que rien ne leur arrivera. D’ailleurs, n’ont-ils pas la complicité des grands pays qui accepteront de les héberger après leur mandat? Voilà chers amis ! Vous verrez des gens pauvres dans toute l’acception du terme qui arrivent au pouvoir et qui partent pour la France, le Venezuela, les Etas Unis ou la République Dominicaine avec des centaines de millions de dollars US tout ça, à cause de l’impunité.

Rulio Oscar, Professeur de Français